*Changement d’ère

L’inflation est désormais bien présente, avec une hausse annuelle de 8.1% des prix à la consommation dans la zone Euro annoncée en mai dernier, largement menée par la hausse du prix de l’énergie.

*Christophe Alexandre, analyste financier CFA, vice-président chez Meylan Finance Sàrl

Très concrètement, cela signifie que les épargnants sont taxés sur leurs économies : tout se passe comme si, pour 100’000€ épargnés, l’équivalent de 8’100€ leur était prélevé, sans toutefois que ce soit perceptible immédiatement : en effet, au moment où ils convertiront leur épargne en consommant des biens ou des services, ils en obtiendront moins que ce qu’ils en auraient obtenu avant que l’inflation ne se manifeste.

Une hausse globale des taux, notamment ceux rémunérant les épargnants, n’est qu’une conséquence inévitable et presque mécanique de ce phénomène.

Et cette hausse des taux a déjà commencé à se produire, impactant très négativement les obligations déjà émises, les nouvelles émissions étant plus rémunératrices.

Historiquement les périodes de hausse et de baisse de taux s’étendent sur plusieurs décennies : en 1981 on a culminé avec des taux à 16% aux Etats-Unis, qui étaient progressivement montés sur les trente années précédentes.

S’en est suivie une très longue période de baisse progressive. Cette période de presque 40 ans s’est-elle achevée en juillet 2020, pour en entamer une nouvelle ? Nous ne le saurons qu’après coup bien entendu, mais la hausse de ces six derniers mois est bien réelle et a déjà eu un impact très violent sur les marchés.

Le « casse du siècle » slovène

A titre d’exemple, et ce n’est de loin pas le seul, l’obligation de l’État slovène, échéance en 2081, illustre ce phénomène jusqu’à la caricature : émise à environ 100€ en 2021, elle ne vaut désormais plus que le tiers de sa valeur initiale.

Cette obligation cote désormais à un niveau qui rémunère ses détenteurs à un peu plus de 3% par année, ce qui reste encore très inférieur au niveau de l’inflation en zone Euro : nettement moins que la moitié. Bien qu’ayant déjà perdu les deux tiers de sa valeur, on peut facilement imaginer que cette obligation réserve encore quelques frayeurs aux investisseurs qui auront la témérité de se frotter à la volatilité de cet emprunt garanti par un État de la zone Euro, mais dont le cours donnerait la nausée à la plus exotique des cryptomonnaies.

Qu’en est-il du côté des autres classes d’actifs ?

Le scénario d’une récession plane de manière persistante : la hausse des taux combinée à la hausse de leurs charges risque de pénaliser lourdement les entreprises, ce d’autant que nombre d’entre elles ne doivent leur survie qu’à leur mise sous perfusion depuis plus d’une décennie, sous forme de taux d’intérêts maintenus artificiellement extrêmement bas.

Dans leur entêtement à vouloir à tout prix éviter une récession et sauver nos instituts bancaires, nos gouvernements, de concert avec les banques centrales, ont anesthésié le marché des taux. En supprimant le thermomètre il est devenu impossible de déterminer quel établissement est souffrant, et à quel point.

D’autres symptômes n’ont par ailleurs pas manqué d’apparaître : une profusion de rachats de sociétés publiquement cotées par émission de dette et diverses bulles dont la plus emblématique est sans conteste le développement des cryptomonnaies et de ses variantes.

Or, en cas de récession aucune classe d’actif n’est un refuge, en particulier lorsque celle-ci est couplée à une hausse des taux.

Quelle stratégie adopter ?

La solution la plus simple qui consiste à se tenir à l’écart des marchés présente l’avantage d’être très transparente sur son coût : celui de l’inflation, qui grignote en continu le pouvoir d’achat des épargnants.

Pour tenter de la compenser il est possible de prendre le risque d’effectuer des placements au cas par cas, en prenant le risque de cumuler des pertes de marché en plus de celles dues à l’inflation en cas de récession.

Dans un tel environnement, les Hedge Funds reviennent sur le devant de la scène car ils sont aptes à profiter d’une hausse des taux en négociant des produits dérivés. A côté des classes d’actifs traditionnelles, différents produits structurés permettent également de se positionner et de bénéficier d’une hausse des taux.

Positionnement – Juillet 2022

« Krach obligataire en juin et décrochage généralisé »

Chers Clients, Chers Partenaires et Chers Lecteurs,

A la fin du mois de mai, l’espoir était enfin de mise. Après cinq mois de baisse ininterrompue, les marchés financiers semblaient se stabiliser. S’orienter de manière plus constructive. C’était sans compter les fortes remontées des taux d’intérêts – leurs ampleurs constituant une surprise – aux Etats-Unis avec une hausse de +0.75% et en Suisse (autre grande surprise) avec la réduction de l’intérêt négatif de -0.75% à -0.25%. Provoquant un krach sur le segment obligataire et balayant d’un revers de main l’embryon d’optimisme qui était palpable à la fin du mois de mai. Ce qui a provoqué de nouvelles et de fortes baisses sur les marchés financiers. Depuis le début de l’année, aucune classe d’actif n’a résisté à cette baisse généralisée… hormis le pétrole. Même l’or et le marché immobilier dans son ensemble ont baissé. Nous sommes tous à la même enseigne. Pour autant, les inquiétudes sur l’inflation et la récession sont loin d’avoir disparu. Les données publiées par l’office fédéral de la statistique (OFS) montrent que l’inflation en Suisse a atteint en juin son plus haut niveau depuis 29 ans avec un taux à 3,4% sur un an. En Zone euro, l’inflation est ressortie vendredi dernier au niveau record de 8,6% sur un an. (1) Notre analyste Christophe Alexandre traite cette thématique de manière didactique dans ce numéro.

Table des matières

Cette dernière décennie, les réseaux sociaux ont été incontournables. Aussi bien pour communiquer que pour l’investissement. C’est en direction des réseaux sociaux que se portent les annonceurs et le marché de la publicité.

Si Facebook relève plus du narcissisme et du voyeurisme ; si Instagram sert d’avantage à partager des images et photos, Twitter sert à communiquer instantanément par le bais de messages limités à 150 signes auxquels on peut attacher une pièce jointe voire une vidéo. Pas un Politique ni un influenceur ne peut ignorer Twitter.

Et l’homme le plus riche du monde le PDG de Tesla et de SpaceX a mis son dévolu sur l’oiseau bleu. Il l’a annoncé haut et fort : il veut mettre un terme à la censure implacable que Twitter applique aux messages qui ne coincident pas avec le discours dominant et avec la rémunération exorbitante de ses dirigeants. Il a fait une offre qui a été acceptée à 54.20 dollars l’action soit une emplette à 44 milliards de dollars. Rien que ça ! Seulement voilà, c’était en avril dernier et avant les fortes baisses boursières à la fois de Tesla et de Twitter. Engagé contractuellement, Elon Musk met en exergue le fait qu’il aurait été trompé sur la marchandise.

La Direction de Twitter aurait déclaré au gendarme boursier américain – la SEC – que les faux comptes du réseau ne représentaient pas plus que 5% des abonnés (followers). Alors qu’Elon Musk les estime aujourd’hui à au minimum plus de 20%. Ce qui jette un sérieux discrédit sur la valeur marchande réelle de Twitter. Une expertise qu’il a commandée va jusqu’à affirmer que plus de 40% des followers qui suivent les comptes du président Joe Biden sont faux. Il sera difficile, dans ces conditions, de rentabiliser auprès des annonceurs le réseau de l’oiseau bleu. (1)

L’annonce de sa prise de participation, le 4 avril 2022, dans le réseau social fait l’effet d’une bombe médiatique. L’entrepreneur d’origine sud-africaine a acquis près de 73,5 millions d’actions de Twitter, soit 9,2% du capital de l’entreprise. Il devient alors le plus gros actionnaire du groupe devant le fonds d’investissement Vanguard (8,8%) et la banque Morgan Stanley (8,4%).

  1. Ouest-France, Maïté Charles + AFP, « Rachat de Twitter par Elon Musk : on vous raconte la saga en cinq actes », 13 mai 2022

Il existe des entreprises cotées à la bourse qui ne sont ni sexy ni à la mode mais qui sont assurées d’avoir des clients encore longtemps. Exemples : l’opérateur sanitaire suisse Geberit ; le leader américain du service funèbre Service Corporation International (SCI) ou encore le français Orpea qui est le leader européen de la prise en charge globale de la dépendance (Ehpad privés / EMS). Il ne fait nul doute que pour la majorité d’entre nous nous nourrissons le vœu de passer nos vieux jours à la maison et en meilleure santé possible. Nous applaudissons les structures d’accompagnement mises en place sous nos latitudes pour y arriver.

C’est également le chemin pris par les Pays-Bas : maintenir les gens le plus longtemps à domicile. Toutefois, le marché des résidences et des résidences médicalisées ne cessent de croître en Europe. 

Orpea, avec un réseau de plus de 1000 établissements et de plus de 110’000 lits répartis en France ; en Allemagne : en Autriche ; en Espagne ; en Suisse ; au Portugal ; en Italie ; en Pologne ; en Amérique latine et même en Chine et en Russie est un acteur majeur. Mais voilà le que le récent livre de Victor Castanet intitulé « Les Fossoyeurs – Révélations sur le système qui maltraite nos ainés » a déclenché un véritable tremblement de terre à plusieurs répliques pour Orpea qui est également un important propriétaire foncier. Le journaliste l’accuse, preuves et témoignages à l’appui, de mauvais traitements ; de rationnement alimentaire et de manque de personnel. Le Sénat comme la justice se sont saisis de l’affaire. Pour autant, le géant de la finance BlackRock vient d’annoncer avoir augmenté son poids actionnarial à plus de 5%. La firme américaine anticiperait-elle la sortie du tunnel ?

On retrouve au nombre des actionnaires de référence le Canada Pension Plan Investment Board ; Peugeot Invest Société anonyme et The Vanguard Group.

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