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Entretien – La mafia italienne est-elle en train de renforcer son emprise sur la Suisse ?

dimanche, 14 juin 2026 by Christophe

La mafia italienne est-elle en train de renforcer son emprise sur la Suisse ?

Entre 400 membres estimés et une vingtaine de cellules, la mafia italienne est bien plus qu’une menace lointaine — elle est « intégrée » au tissu suisse. ‘Ndrangheta, Cosa Nostra, Camorra… elles ont troqué l’ostentation contre la discrétion, exploitant les failles d’un système financier et politique qui leur offre des opportunités de blanchiment et d’infiltration économique.

1. Comment définir aujourd’hui la présence de la mafia italienne en Suisse ?

Elle est bien « intégrée ». L’honorable société a depuis longtemps les codes pour infiltrer toutes les couches de la population. À ce titre, elle est discrète et efficace. La Suisse demeure un pays clé. Notamment pour le blanchiment d’argent. Selon l’Office fédéral suisse de la police (OFSP), quelques 400 membres des mafias italiennes seraient installés en Suisse. Ils seraient repartis dans une vingtaine de structures (familles, cellules, etc.).

2. Quelles organisations mafieuses (´Ndrangheta, Cosa Nostra, Camorra…) sont les plus actives sur le territoire suisse ?

C’est la ´Ndrangheta. Alors qu’à l’époque on parlait surtout de la Cosa Nostra. Cette évolution tient au fait que Cosa Nostra, sous le règne du monstrueux Toto Rina qui avait attaqué l’État italien frontalement, a été particulièrement combattue par des magistrats tels que feu Giovanni Falcone et les Suisses Paolo Bernasconi et Carla Del Ponte.
De plus, par le biais de son mode de fonctionnement – élection de ses membres exclusivement par les liens du sang – la ´Ndrangheta demeure plus imperméable.

3. Dans quels secteurs économiques la mafia est-elle la plus implantée en Suisse ?

Dans les fiduciaires, les cabinets d’avocats, la restauration mais aussi dans les entreprises du gros œuvre. Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive. Les acteurs économiques visés étant ceux qui permettront le meilleur rapport opportunité / risque pour le blanchiment de l’argent issu du crime organisé.

4. Pourquoi la Suisse représente-t-elle un terrain attractif pour les organisations mafieuses ?

Premièrement, on ne peut écarter sa position géographique au centre de l’Europe et sa porte culturelle offerte par le canton de Tessin communément appelé la Suisse italienne. La place financière du pays même si l’attractivité de celle-ci régresse constitue un pôle d’attraction. Le secret bancaire même si lui aussi n’est plus ce qu’il était.

5. Peut-on parler d’une infiltration du tissu économique légal suisse ? Si oui, sous quelles formes ?

C’est en effet le cas. Mais certains cantons paraissent culturellement plus exposés. Je pense en particulier au canton du Valais. Et malheureusement à la tragédie de l’incendie «par négligence » de Crans Montana survenu le 1er janvier dernier démontre à quel point les autorités locales peuvent se montrer peu scrupuleuses quant il s’agit de flux financiers importants. Plus inquiétante encore, c’est l’infiltration des autorités fédérales comme l’a mise en lumière l’interpellation en mai dernier d’un commissaire du Service fédéral de sécurité (SFS) de l’office fédéral de la police (Fedpol) qui se trouvait sous l’influence de la ´Ndrangheta. Sa fonction l’amenait à assurer la sécurité du Parlement et des conseillers fédéraux (nos ministres).
L’an dernier, Fedpol avait déjà mis en lumière des tentatives d’influence de la part des mafieux sur les parlementaires suisses : « Que se cache-t-il derrière les repas partagés entre des élus et la mafia ? », le Blick, 14 février 2025.

6. Quels sont les principaux cantons ou régions les plus concernés ?

Je n’ai pas, présentement, de données sur la question ni de statistiques. Mais je suppose qu’aujourd’hui toutes les régions du pays peuvent être concernées.
Madeleine Rossi, journaliste, spécialiste des organisations criminelles italiennes, relate des cas tant dans le Tessin que dans le canton de Vaud comme à Lausanne et même sur le pied du Jura. Je recommande son ouvrage « La Mafia en Suisse », éditeur Château & Attinger, avril 2013.

7. Comment les autorités suisses luttent-elles contre ces réseaux criminels ?

Sur le plan sémantique, je rejoins le criminologue Xavier Raufer qui postule qu’il n’est pas question de réseaux mais bien de sociétés, de familles mafieuses voire d’organisations criminelles. Elles fonctionnent de manière bien hiérarchisée et contrôlée. Ce qui n’est pas forcément le cas avec la définition de « réseau ».
La Suisse s’est donné les moyens de lutter contre l’emprise mafieuse. Elle s’est judicieusement inspirée de ce qui se fait en Italie qui est à la pointe de la lutte contre la Mafia. Par exemple, avec l’introduction de l’article 260 ter du Code pénal suisse qui récrimine le soutien ou la participation à une organisation criminelle. Ce qui répond aux à la spécificité des activités mafieuses dans notre pays qui touche essentiellement à la logistique, au recel, à la planque et au blanchiment d’argent issu du crime organisé.
Outillé d’un office fédéral de la police, d’une police judiciaire fédérale, d’un ministère public de la confédération et d’un tribunal pénal fédéral, le pays des montres et du chocolat souffre encore d’une réelle volonté politique. La lutte efficace contre le crime organisé relève plus d’un état d’esprit à forger quotidiennement qu’à une multiplication d’officines et de fonctionnaires.
 

8. Existe-t-il une coopération efficace entre la Suisse et l’Italie sur ce sujet ?

Ladite coopération est qualifiée, de part et d’autre, de bonne. Un pas qualitatif a été fait avec l’ancienne procureure tessinoise Carla Del Ponte et feu le juge sicilien Giovannetti Falcone, dans les années 1980-1990.

9. La population suisse est-elle suffisamment consciente de cette réalité ?

Certainement que non. La multiplication des guerres, une actualité toujours plus brulante et mondialisée couplée de la paupérisation continue de la classe moyenne font qu’on parle d’autre. Et la Mafia est beaucoup plus discrète que dans un passé encore récent :
La Deuxième guerre de la mafia de 1981 à 1983 aussi appelée la Mattanza qui était une lutte de pouvoir entre le clan des Corléonais à l’encontre des parrains parlermitains ou la stratégie de terreur contre l’État de 1979 à 1992 sont des « accidents de parcours » dans la longue vie de « l’honorable société » comme les initiés la nomment.
Aujourd’hui, il y a plus d’assassinats à Marseille avec ses 900’000 habitants que dans toute la Sicile qui compte plus cinq millions d’âmes.
L’organisation mafieuse italienne apprécie particulièrement la discrétion et sur ce plan cela la rend encore plus redoutable. Ce n’est pas Antonello Cracolici, le président de la commission anti mafia, avec qui j’ai eu l’honneur de m’entretenir longuement à Palerme qui me contredira. Lui qui parcours la Sicile quotidiennement pour donner l’alerte.

10. Quelles évolutions observe-t-on ces dernières années, et à quoi faut-il s’attendre dans le futur ?

La société mafieuse est une organisation capitaliste et de prédation. Elle recherche la maximisation des profits et à tout prix. Elle est préoccupée à protéger ses marges. En ce sens, elle exploitera automatiquement les failles du système. Elle excédera en créativité pour occuper les espaces vides que notre appareil judiciaire et une classe politique actuellement faible laisseront.

11. Quelles sont les méthodes privilégiées par la mafia pour blanchir de l’argent en Suisse ?

Cela consiste à employer l’argent généré par les activités illicites au nombre desquelles on retrouve le trafic de cocaïne – mais pas que – dans l’économie légale et à en recueillir les bénéfices blanchis. L’investissement et le rachat de PME. Notons que 60% de nos PME n’ont pas de repreneurs. Elles constituent des cibles idéales. Mais également dans la restauration – observez le nombre de restaurants qui demeurent vides la majeure partie de la semaine. Et bien entendu le gros œuvre. À ce titre, le canton du Valais est très perméable.

12. Les nouvelles technologies (cryptomonnaies, fintech, etc.) ont-elles changé leur modes d’action ?

Inévitablement, les mafias du sud de l’Italie (Cosa Nostra, ’Ndrangheta, Camorra, Sacra Corona Unita) ont modifié leurs modes d’action en intégrant les cryptomonnaies, la fintech et d’autres outils numériques. Toutefois, l’adaptation reste prudente et hybride : le cash et les commerces de façade demeurent centraux, mais les nouvelles technologies leur offrent désormais des canaux plus opaques, rapides et transnationaux pour blanchir, investir et communiquer.
La ’Ndrangheta, en particulier, a été repérée en train d’utiliser des cryptomonnaies (Bitcoin, Monero) pour payer des cargaisons de cocaïne depuis l’Amérique du Sud. Le 21 février 2024, la police italienne a arrêté vingt-deux personnes dans le cadre de l’opération «Crypto ». Les trafiquants convertissaient des espèces en bitcoins via des échanges peer-to-peer, puis les crypto-actifs étaient transférés sur des wallets anonymes avant d’être reconvertis en monnaie fiduciaire à l’étranger.
L’hybridation est en marche, obligeant les autorités à une course permanente à l’innovation technique et juridique.

13. Quels sont les principaux obstacles rencontrés par les enquêteurs suisses face à ces organisations ?

Comme un peu partout, ils souffrent le mal du siècle … la bureaucratie. La Mafia ne s’encombre pas de bureaucratie et encore moins de juristes qui pour justifier leur poste de travail nous réinventent la roue à chaque occasion.
Et comme évoqué plus haut, la classe politique actuelle est un maillon faible. Cela me fait sourire, en me rappelant, comment l’association bénévole issue de la société civile « Adiopizzo » à Palerme qui lutte contre la perception du fameux « pizzo », le racket, désignent les politiques corrompus… «politiques disponibles ».

14. Y a-t-il eu des affaires récentes marquantes révélant l’ampleur du phénomène en Suisse ?

J’en ai évoquées plus avant mais je suppose que d’autres affaires, de fortes amplitudes, défrayeront la chronique tôt ou tard. Je me méfie tout particulièrement de « l’achat » des contrats publics de gros œuvres et bien entendu des affaires de blanchiment d’argent de provenance criminelle. Du côté de quelques banques privées suisses que le poids exponentiel des nouvelles réglementations met à mal en terme de coûts et qui sont désespérées pour compenser des charges exubérantes avec de nouveaux revenus. Cela les rend moins regardantes.

15. Que faudrait-il améliorer dans la législation ou les moyens de lutte pour mieux contrer la mafia ?

Il faut en faire une priorité nationale. Je suis plus convaincu par les campagnes de prévention et de sensibilisation que par l’alourdissement législatif qui éloigné toujours plus les acteurs clés du terrain où les choses se passent pour les enfermer dans des bureaux remplis de paperasse

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Entretien – Les gestionnaires de fortune indépendants sont-ils l’avenir de la place financière suisse ?

mercredi, 25 mars 2026 by Christophe

Les gestionnaires de fortune indépendants sont-ils l’avenir de la place financière suisse ?

Alors que la grande banque s’impose comme un colosse imparfait et que la réglementation s’accumule sans endiguer les crises, les gestionnaires de fortune indépendants restent les gardiens d’un savoir-faire helvétique en voie de disparition. À contre-courant d’une finance industrialisée, ils misent sur l’écoute, la proximité et l’adaptabilité pour servir une clientèle délaissée — notamment la classe moyenne et la « Silver Economy ».

1. Comment définissez-vous aujourd’hui le rôle des gestionnaires de fortune indépendants au sein de la place financière suisse ?

Les gestionnaires de fortune suisses qui depuis quelques années subissent des pressions administratives sans précédent représentent le dernier rempart face à la perte lancinante d’un savoir faire qui a longtemps fait la renommée de notre place financière. Je m’explique. Les grandes structures bancaires ont sauté à pieds joints dans l’automatisation; dans la segmentation à outrance; dans la gestion par le biais d’algorithmes et de ce fait en discriminant. La gestion de fortune qui était initialement le produit d’une écoute attentive et d’un échange humain a été industrialisée sur l’autel du profit maximum et immédiat. Telle pour une chaîne de production, l’argent du client devenu la précieuse « matière première ». N’accordant que de place au client dans cette équation. Le gérant de fortune indépendant que l’on peut comparer à un médecin de famille se place normalement aux antipodes du triste tableau décrit ci-dessus.


2. En quoi les gestionnaires indépendants se différencient-ils des grandes banques dans un contexte de plus réglementé ?

Là où le client se heurtera à un mur intraitable d’incompréhension – je parle de la grande banque – le gestionnaire indépendant prendra sur lui pour trouver une solution voire une réponse personnalisée.


3. Quelles sont, selon vous, les principales opportunités de croissance pour les gestionnaires de fortune indépendants en Suisse dans les prochaines années ?

Nous avons, dans notre pays, une classe moyenne disposant de moyens substantiels et de beaucoup de questions et de besoins. Elle n’est plus servie convenablement. Elle se retrouve le plus souvent face à une hotline ou à devoir se débrouiller sur Internet. Les gérants de fortune indépendants sont tout indiqués pour répondre à ces frustrations.


4. La réglementation est-elle un frein ou un levier de professionnalisation pour la profession ?

Une réglementation intelligente est adaptée à l’évolution du métier et de son environnement sera toujours un catalyseur au profit de l’excellence. C’est positif. Mais l’inflation réglementaire que nous vivons actuellement pour se donner l’impression de maîtriser le risque alors qu’en définitive on ne contrôle rien c’est horriblement coûteux et contreproductif. Un exemple avec la débâcle du Credit Suisse en mars 2023. Pourtant, on ne cessait de réglementer depuis 2010 déjà et le souverain avait sauvé in extremis l’UBS en ce fameux jeudi noir 16 octobre 2008. Preuve, que le régulateur n’a pas même compris qu’est-ce qu’il devait réglementer pour éviter une prochaine catastrophe. Et en l’état actuel des choses celle-ci est en chemin.


5. Comment la digitalisation et les nouvelles technologies transforment-elles le métier de gestionnaire de fortune indépendant ?

À première vue, je vois deux domaines. Le premier et la conception de produits structurés avec une fixation des prix et des conditions plus aisés. Le tout s’accompagne d’une meilleure gestion des risques. Quant au deuxième domaine, je postule pour la veille stratégique et pour les activités de recherches comparatives ou documentaires. L’accès au savoir a rarement été aussi gigantesque. Et si l’économie c’est le l’énergie transformée les prestations fournies pas le gestionnaire de fortune indépendant est le emploi d’un vaste et riche savoir.

6. Les attentes des clients évoluent rapidement: quels changements majeurs observez-vous dans le comportement et les besoins des investisseurs ?

Avec une population vieillissante on ne parle plus seulement de troisième mais aussi de quatrième âge. De cette évolution réjouissante – vivre plus longtemps et en meilleure santé possible – il se dégage ce que l’on appelle la « Silver Economy ».
Une classe de clients qui disposent d’un pouvoir d’achat certain. Mais qui sont également plus sensibles à la qualité et moins à la quantité. Eux ont compris que chaque jour on a moins de temps devant nous et qu’il ne peut s’acheter. Aussi, ils privilégieront la sérénité et la manière à la rentabilité absolue exprimée en pour cent. Avec cette clientèle il faudra démontrer de solides connaissance dans les domaines de la fiscalité; de la succession et des donations et de tout ce qui a trait au proche aidant. La personnalité et une verticalité propre seront valorisées. C’est une clientèle qui est attachée à l’échange de qualité. Les vendeurs, les offreurs de fonds de placement et de produits structurés sont recalés avec cette clientèle plus sereine et au combien intéressante qui ne souhaite plus perdre une seconde avec des futilités ou des échanges inintéressants.
Autant d’aptitudes humaines qui ne s’enseignent dans aucune académie financière mais qui sont plutôt le fruit de l’expérience.

7. L’investissement durable et responsable est-il devenu incontournable pour les gestionnaires indépendants ? Comment l’intégrez-vous dans votre approche ?

Politiquement parlant, c’est incontournable. Dans les faits, rien n’est noir ou blanc mais tout est gris et avec une variété de nuances. Aussi, il est avant tout d’un dialogue avec le client et qu’il sache ce que comprend son placement.


8. La Suisse reste-t-elle compétitive face aux autres places financières internationales ? Quels sont ses principaux atouts à préserver ?

Comme nous assistons à un glissement qualitatif incessant tant de la prestation de service que de la qualité perçue chez nos voisins européens, je dirais que oui. En revanche, face à des hubs financiers tels que Dubaï nous avons perdu beaucoup en compétitivité.
L’inflation régulatrice a décuplé les coûts, les tâches administratives non rémunératrices et réduit de facto le service tant qualitativement que quantitativement. Ce n’est pas faute d’essayer, notre Conseil fédéral a eu la lumineuse idée d’introduire la Loi fédérale sur l’allègement des coûts de la réglementation pour les entreprises (LACRE) du 29 septembre 2023. Cette base légale qui comprend vingt-deux articles est très accessible et est éclatante de bon sens. Alors pourquoi la haute autorité de régulation de notre place financière qu’est la FINMA n’en tient pas compte ?

9. Quels défis majeurs la profession devra-t-elle relever pour assurer sa pérennité et attirer la nouvelle génération de clients (et de talents) ?

Être vraiment à l’écoute du client. La prestation et le service sont générés avec celui-ci. Sans le client, la branche n’existe pas. Aujourd’hui, l’industrie n’écoute plus le client et impose son offre en fonctions des tendances et des modes que bien souvent elle définit elle-même. L’industrie financière ne s’est pas réinventée ni remise en question depuis les années 90.
Mais comment peut-il en être autrement si au sein du Parlement helvétique les seuls qui sont représentés et que l’on écoute ce sont les accrédités (lobbyistes) de l’UBS ?  La même banque qui est demeurée une boite noire que personne ne comprend. La grande banque qui menace nos autorités de déplacer son siège aux États-Unis si le régulateur contient la Direction quand elle s’octroie ses rémunérations et bonus stratosphériques. Si l’établissement aux trois clés reste le phare dans la nuit de notre industrie financière on a de quoi être inquiets.

10. Comment voyez-vous l’avenir de la place financière suisse à 10 ans, et quel rôle les gestionnaires de fortune indépendants y joueront-ils ?

Les gestionnaires de fortune indépendants seront encore là. Contrairement aux gros établissements bancaires, ils ont su traverser toutes les crises. Ils ont une intelligence adaptative concurrentielle. Ils ont la capacité en seulement quelques heures voire quelques jours de revisiter leur organisation. De faire un 360 degrés quand cela est nécessaire. Ce sont résolument des survivants. Pour l’anecdote, il y avait huit grandes banques dans notre pays il y a un siècle. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une et elle empêche nos parlementaires comme la FINMA de dormir. Dans le même temps, la masse sous gestion confiée aux gestionnaires de fortune indépendants a évolué positivement.

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Entretien – Comment investir dans l’IA par le biais des entreprises suisses cotées ?

vendredi, 16 janvier 2026 by Christophe

L’intelligence artificielle transforme l’économie mondiale, mais peu savent que la Suisse cache un écosystème méconnu d’entreprises cotées positionnées sur la chaîne de valeur des data centers et des infrastructures IA. Cet entretien décrypte les opportunités d’investissement pour qui souhaite participer à cette révolution technologique tout en limitant l’exposition aux bulles spéculatives.

1. Pourquoi l’intelligence artificielle est-elle devenue un secteur stratégique pour les investisseurs aujourd’hui ?

L’intelligence artificielle est un vecteur de transformation peut-être sans précédent dans l’histoire de l’économie humaine. On a toujours dit, à juste titre, que l’économie repose sur de l’énergie transformée. C’est vrai. Mais nous réalisons aujourd’hui à quel point l’information et les données sont devenues essentielles à toute activité économique. Leur capacité de collecte, tout comme la vitesse de traitement, est déterminante. C’est précisément pour cette raison que l’IA est qualifiée de « vecteur de transformation ».


2. La Suisse n’est pas forcément connue comme un géant de la tech. Pourtant, existe-t-il des entreprises suisses cotées qui jouent un rôle important dans l’IA ?

Comme dans de nombreux domaines de recherche et de développement, le savoir-faire suisse offre un environnement de compétences de très haut niveau. Pour répondre plus précisément à votre question, je pense notamment aux entreprises ABB, Swiss Re, Sika, Belimo, Georg Fischer, Huber+Suhner et R&S. Nous développerons plus loin le rôle stratégique de chacune d’entre elles dans l’écosystème de l’intelligence artificielle.


3. Quelles sont les grandes catégories d’entreprises suisses impliquées dans l’IA : matériel, logiciels, santé, robotique, finance… ?

Pour les systèmes d’approvisionnement électrique intelligents, le groupe suisse ABB est particulièrement bien positionné et génère déjà environ 7 % de son chiffre d’affaires dans ce domaine. Holcim est le leader des solutions de construction à faible émission carbone pour les data centers.
Sika est présent dans plus de 1 000 data centers grâce à ses systèmes d’étanchéité. Le leader mondial de la réassurance, Swiss Re, est actif dans les couvertures d’assurance liées aux infrastructures énergétiques des data centers.
Pour les systèmes de refroidissement liquide, Belimo s’impose comme une référence. Georg Fischer se distingue par l’efficacité de ses solutions de tuyauterie, tandis que Huber+Suhner est incontournable pour les systèmes de commutation, notamment grâce à son produit breveté POLATIS. Enfin, il convient de rester attentif à l’évolution de la société suisse R&S, spécialisée dans les transformateurs électriques.


4. Parmi ces entreprises, lesquelles présentent le plus fort potentiel de croissance selon vous ?

Comme le dit l’adage, « les prédictions sont toujours difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir ». J’observerais plutôt la manière dont ces entreprises se positionnent face aux deux grands pôles actuellement en concurrence pour la suprématie en intelligence artificielle.
D’un côté, le « Complexe Google », structuré autour d’Alphabet et d’un vaste réseau de fournisseurs d’infrastructures tels que Broadcom, Celestica, Lumentum ou TTM Technologies.
De l’autre, le « Complexe OpenAI », centré sur OpenAI et soutenu par des partenaires majeurs comme Microsoft, Nvidia, Oracle, SoftBank, AMD et CoreWeave.


5. Quels indicateurs financiers ou technologiques un investisseur devrait-il analyser avant d’acheter des actions liées à l’IA en Suisse ?

L’intelligence artificielle demeure avant tout un pari. Je recommande donc de privilégier des entreprises disposant d’un bilan solide, peu endettées, avec une trésorerie confortable, et surtout qui ne dépendent pas exclusivement de l’IA. L’idéal est que l’IA représente une part encore minoritaire de leur chiffre d’affaires, afin de limiter les risques.


6. Est-il préférable pour un investisseur débutant de se concentrer sur une seule entreprise ou de diversifier ?

En matière d’investissement, la règle d’or reste la diversification. Aucune entreprise n’est insubmersible. Les exemples d’« anges déchus » sont nombreux : Swissair, Lehman Brothers, Credit Suisse ou encore MCI WorldCom l’ont démontré.
Plus récemment, le géant des cryptomonnaies FTX, valorisé jusqu’à 32 milliards de dollars, s’est effondré en quelques jours à la suite d’une faillite frauduleuse. Le secteur de l’IA n’est pas à l’abri de la mauvaise gestion ni de l’escroquerie. Diversifier reste donc essentiel.


7. L’IA est parfois perçue comme un secteur risqué. Quels sont les principaux risques à connaître ?

Comme pour les moteurs de recherche à leurs débuts (Google, MSN, etc.), il y aura beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Il s’agit d’un secteur encore instable, marqué par des évolutions rapides et parfois brutales.
Par exemple, le modèle français Gemini 3 a récemment surpassé les modèles d’OpenAI (Microsoft) sur le plan technologique. Sur le plan financier, l’IA nécessite des investissements considérables, et toutes les entreprises n’atteindront pas la rentabilité. Certaines seront rachetées, d’autres disparaîtront.

L’exemple de l’américaine C3 AI, fondée par Thomas Siebel, est parlant : malgré des contrats avec l’armée américaine et le département de la Santé, son action est passée de 160 dollars en 2021 à moins de 13 dollars aujourd’hui.
Au-delà des enjeux financiers, les questions éthiques sont majeures. Sans régulation rapide, l’IA pourrait ouvrir des voies dangereuses, notamment pour le crime organisé. Le contrôle massif des données personnelles par certaines multinationales, comme Palantir, soulève également des problématiques de conscience et de responsabilité. L’investissement dans l’IA doit donc se faire avec discernement et accompagnement. Enfin, il ne faut pas sous-estimer le rôle futur d’acteurs chinois tels que Tencent, Baidu ou Alibaba, qui capteront probablement une part significative du marché mondial.


8. Existe-t-il des ETF ou fonds suisses ou européens intégrant des entreprises helvétiques actives dans l’IA ?

L’institut financier franco-allemand ODDO BHF gère depuis 2020 un fonds dédié à cette thématique, avec de bons résultats. Toutefois, les entreprises suisses n’y sont pas encore intégrées, à ma connaissance.
De notre côté, nous structurons des placements à un an, offrant des coupons à deux chiffres, en grande partie non soumis à la fiscalité. En matière de placement indirect et diversifié dans l’IA, le potentiel de développement reste important.


9. Comment un investisseur peut-il rester informé des avancées technologiques et réglementaires en Suisse ?

Je recommande notamment les plateformes d’investissement généralistes telles que Café de la Bourse et Zonebourse. Pour la Suisse plus spécifiquement, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) met à disposition de nombreuses informations pertinentes sur l’évolution technologique et réglementaire.


10. Quel est votre principal conseil pour investir dans l’IA tout en restant prudent ?

Limiter l’investissement direct ou indirect dans l’intelligence artificielle à une part raisonnable de la diversification globale du portefeuille, et surtout se faire accompagner par des professionnels compétents.

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Interview – La veille stratégique

jeudi, 20 novembre 2025 by Christophe

Interview pour erom.ch

Nous remercions chaleureusement François Meylan, fondateur de Meylan Finance, pour cet échange riche et inspirant autour d’un sujet essentiel : la veille stratégique. À travers son regard affûté et son expérience du terrain, il nous éclaire sur l’art d’anticiper, d’observer et de transformer l’information en véritable levier de décision et de performance.

Comment définissez-vous la veille stratégique et son importance dans le contexte actuel des entreprises ?

La veille stratégique est une aide à la prise de décision pour une entreprise, une administration voire un Etat grâce à l’observation et à l’analyse régulières des tendances et d’un environnement donné. Ce n’est pas seulement un outil incontournable mais également une nécessité pour la pérennité de l’entreprise dans un monde toujours plus complexe, tant dans la constellation de la concurrence, dans celle des évolutions technologiques que dans celle de l’évolution réglementaire.

Quels sont les principaux objectifs d’une veille stratégique bien menée ?

En plus d’assurer la bonne performance et la survie, à terme, de l’organisation, j’ajouterai garantir votre pleine liberté de manœuvre.

Quels types de veille stratégique existe-t-il (par exemple, concurrentielle, technologique, réglementaire) et comment les prioriser ?

La bibliographie est dense sur le sujet. Chaque auteur amène sa « science ». Mais concrètement il existe autant de veilles stratégiques que de risques que vous identifiez versus pérennité de l’entreprise ou encore le bon fonctionnement d’une administration.

Quelles étapes recommandez-vous pour mettre en place une stratégie de veille efficace ?

En premier lieu et c’est incontournable : établir un bon diagnostic des forces et des faiblesses de votre domaine d’activité, versus votre environnement. A ce titre je recommande la lecture de « Diagnostic et décisions stratégiques » de Tugrul Atamer et Roland Calori, édition Dunod. Une fois la démarche entreprise
avec soins, les méthodes ne manquent pas. Pour mettre sur pied avec vos propres ressources ou avec des ressources externes la veille stratégique spécifique et adéquate.

Quels outils ou plateformes privilégiez-vous pour collecter, analyser et diffuser les informations de veille ?

L’OSINT (Open Source Intelligence) soit la discipline du renseignement qui consiste à collecter, analyser et exploiter des informations provenant de sources publiques et accessibles à tous est la base. Quant aux outils ils sont, chaque jour, plus nombreux. Tel que OCCRP Aleph, aleph.occrp.org ou un moteur de recherche comme « Google Actualités » ou encore un moteur de recherches Intelligence artificielle (IA) tel que le chinois « DeepSeek ». Les outils ne manquent pas. La gratuité est souvent au rendez-vous. Reste à les tester. Mais je suis d’avis que les sources d’informations humaines demeurent incontournables. A savoir, aller sur place et cultiver un entretenir un bon réseau (carnet d’adresses).

Pour la collecte d’informations (outils de surveillance web) ; Google Alerts (gratuit). Pour la surveillance basique de mots-clés ; Mention ou Brandwatch. Pour la surveillance de médias sociaux, sites web et forums ; Talkwalker. Et il y en a beaucoup d’autres.

Les « outils » de collecte dépendent, avant toute chose, de votre secteur d’activité, de votre budget et complexité des données, Une combinaison de solutions gratuites et payantes me paraît optimale.

Comment choisissez-vous les sources d’informations fiables et pertinentes pour votre veille ?

L’offre, en la matière, ne cesse d’évoluer. Dans ce domaine, je recommande la lecture de l’ouvrage « Le renseignement offensif » de Philippe Dylewski qui donne beaucoup de pistes. Quant aux médias, ma préférence va aux médias spécialisés. Les médias mainstream sont rarement pertinents. Ils se sont transformés en communiquant voire propagandiste au service d’une pensée unique. La charte de déontologie du journaliste (Münich 1971) n’est ni connue ni respectée. Le « copier /coller » y est fréquent et la reprise des contenus de l’Agence France Presse (AFP) est devenue la norme. Alors que l’AFP et la charte de déontologie de Münich font deux !

Qui sont les acteurs clés impliqués dans la veille stratégique au sein d’une organisation ?

Cela dépend de la taille, de l’organisation interne, du secteur d’activité et de des ressources propres. Mais je dirais, sans hésiter, le responsable marketing et le responsable des ressources humaines.

Comment intégrez-vous la veille dans le processus décisionnel de l’entreprise ?

Il s’agit d’une activité qui doit s’appliquer au minimum sur une base hebdomadaire. Cela doit être une habitude. Comme on ferme la porte d’entrée de chez soi à clé.

Quels sont vos conseils pour sensibiliser les équipes à l’importance de la veille stratégique ?

Il en va de la pédagogie à la pratique. C’est une vraie culture d’entreprise. Un état d’esprit. Les exemples industriels qui ont connu une fin non reluisante en raison de manquement dans la constellation de la veille stratégique. On se rappelle encore comment l’équipementier finlandais Nokia a perdu définitivement sa domination sur le marché du cellulaire avec l’apparition du premier smartphone de l’américain Apple. La chute de Kodak ou encore les difficultés actuelles de Intel à la faveur de Nvidia. Les exemples sont très nombreux. Il faut être « armé » de la curiosité nécessaire, de la transmettre et de l’entretenir chez ses collaborateurs.

Comment filtrez-vous et analysez-vous les informations collectées pour qu’elles soient exploitables ?

Là est toute la difficulté. Dans une profusion d’informations, dans un monde interconnecté, dans un monde régit par l’émotion et par les fakes news le défi est de taille. Si à l’époque la recherche de l’information et en particulier la recherche du « Renseignement-clé » * consistait en la première difficulté, aujourd’hui le défi consiste en ne pas se laisser submerger voire « intoxiquer » par un flux d’informations continu.
*Le document de l’Armée suisse intitulé « Aide-mémoire pour le service de renseignements de l’armée » (AMSRA) est une lecture de chevet, dans le domaine du renseignement-clé : l’information qui vous permettra de faire toute la différence.

Quels indicateurs utilisez-vous pour évaluer l’efficacité de votre veille
stratégique ?

La perspicacité de l’information récoltée et sa fréquence. Un exemple concret est celui d’une PME qui met en place sa veille :
Elle cible la surveillance des normes environnementales et des innovations matériaux ; Elle forme ses ingénieurs à utiliser des alertes brevets (outil comme PatBase) ; Les insights permettent de lancer un produit éco-conçu avant ses concurrents. Une veille efficace repose sur la rigueur, sur l’agilité et sur l’alignement avec la stratégie globale. En structurant ces étapes, l’organisation transforme l’information en avantage compétitif durable.

Quels sont les principaux défis auxquels les entreprises font face lorsqu’elles mettent en œuvre une veille stratégique ?

L’activité purement économique, soit la production et la vente de biens et de services, l’emporte automatiquement sur toutes les autres activités. Et surtout sur ce que l’on appelle les centres de coûts. La veille stratégique est assimilée à l’instar des RH ou de quelconque activité administrative, à un centre de coût donc non prioritaire.

Comment la veille stratégique peut-elle aider à anticiper les tendances et à gérer les crises ?

La veille stratégique doit, entre autres, fonctionner comme capteur des signaux faibles et des changements d’ambiance. C’est comme on dit … « le diable se cache dans les détails. »

Quelles sont les nouvelles tendances en matière de veille stratégiques (IA, Big Data, etc.) et comment influencent-elles les pratiques actuelles ?

L’actualité oblige, les conflits armés en cours au Moyen-Orient démontrent au quotidien combien des firmes comme l’américain Palantir (Big Data et Intelligence artificielle IA) emporte la palme. Avec tous les écueils qui vont avec. C’est-à-dire que la majorité des cibles sont définies par l’Intelligence artificielle et selon le Haut-Commissariat au droits humains les femmes et les enfants sont les principales victimes. A un niveau jamais connu dans l’histoire de l’humanité. Ce qui fait penser que nous sommes déjà dans l’abus et que comme affirmait récemment le dirigeant russe Vladimir Poutine l’intelligence artificielle est potentiellement une arme de destruction massive qui doit être réglementée sur le plan international. Au même titre que la prolifération des armes nucléaires.

Comment voyez-vous l’évolution de la veille stratégique dans les cinq prochaines années ?

Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, une veille stratégique mal intentionnée va générer beaucoup d’injustices et même de victime. Par exemple, imaginez comment un département ressources humaines (RH) peut évincer des candidats sur la seule valorisation ou plutôt l’interprétation subjective des données laissées sur les réseaux sociaux… La centralisation de nos données personnelles peut aussi poser problème. Sur ce plan, je suis dubitatif face à la tendance lourde de l’identité numérique. Plus que jamais nous devons renforcer l’encadrement de la protection des données et la culture de solides normes éthiques.

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L’Internet mondial peut-il survivre sans les câbles sous-marins ?

mercredi, 07 mai 2025 by Christophe

Entretien de François Meylan pour Romandie Info 

Pouvez-vous expliquer brièvement ce que sont les câbles sous-marins et leur rôle dans le fonctionnement d’Internet ?

Il y en a plusieurs. Souhaitons-nous totalement exclure tout investissement dans cette industrie comme le fait, entre autres, l’institution de prévoyance zurichoise Nest ? Dans ce cas, vous écartez les deux avionneurs Boeing et Airbus dont plus de 50% de leurs activités se situent dans l’armement. Ou alors vous ne recherchez pas spécifiquement à investir dans le secteur qui nous occupe et vous n’appliquez aucun critère d’exclusion. C’est l’indifférence. Ou encore vous voulez vous constituer un portefeuille d’investissement avec un fort biais dédié à cette industrie. Finalement, vous pouvez aussi adopter la posture de notre Conseil fédéral qui encourage cette industrie mais avec des restrictions telles ne pas exporter du matériel de guerre vers un pays présentement en conflit.

 

Quelle proportion du trafic mondial d’Internet passe par ces câbles par rapport aux satellites ?

On estime qu’environ 98 % de l’ensemble du trafic Internet intercontinental passe par des câbles sous-marins. Toutefois, l’Internet par satellite n’est qu’au début d’un développement exponentiel. Déjà, pour assurer la connectivité en cas de problème avec les câbles sous-marins et ensuite pour couvrir des zones qui sont difficiles d’accès.

 

Depuis quand utilise-t-on les câbles sous-marins pour les télécommunications ?

Le premier câble transatlantique est posé en août 1858 entreValentia (Irlande) et Trinity Bay (Terre-Neuve), par deux navires militaires reconvertis en câbliers. Au total, 4 200 km de câble sont alors posés.

 

Comment ont évolué les technologies utilisées dans ces câbles depuis leurs débuts ?

Pour résumer, on est passé du cuivre à des câbles à fibres optiques qui sont construits par enroulement en spirales et traités avec un ou deux revêtements et renforcés de fil d’acier pour son armure.

 

Comment sont fabriqués et installés les câbles sous-marins ?

Le câble optique, composé d’une gaine de protection et d’une armature métallique, est protégé par une gaine isolante. Le tout contient deux paires de fibres optiques. Chaque paire de fibres optiques est activée avec des multiplexeurs.

 

Quels sont les principaux défis techniques lors de la pose de ces câbles ?

Les câbles sont fragiles. Ils peuvent être endommagés par des phénomènes liés à l’activité humaine mais aussi climatiques. Pour les activités humaines, on entend le mouillage de navires, la pêche ou encore les actions de terrorisme ou de vols de matériaux. Ils doivent faire l’objet d’une importante protection. On garde en mémoire cet accident avec des pêcheurs en Écosse qui a privé de communication quelques 23’000 habitants du Schetland, en octobre 2022. Ou encore ces pêcheurs vietnamiens qui ont délibérément détérioré des câbles sous-marins pour en dérober les matériaux, en 2007. Ce qui a plongé près de 90% du Vietnam sans connectivité durant trois semaines.

 

Comment assure-t-on la maintenance de ces infrastructures en cas de panne ou de coupure ?

En premier lieu, il s’agit de les protéger contre les agressions extérieures. On emploie deux techniques: 1) L’ensouillage qui consiste à enfouir les câbles dans le fond marin à une profondeur donnée; 2) La protection externe par des roches, des matelas béton, des coquilles ou autres procédés.

Précisons toutefois que les attentats qui ont visé le gazoduc Nord Stream ont été opérés à une profondeur comprise entre -80 et -110 mètres. Le très critique détroit Bab el-Mandeb couvre une profondeur de fonds marins comprise entre -137 et -2900 mètres soit une moyenne de -524 m. Les câbles sous-marins quant à eux sont enfouis le plus profond possible. Ce qui diminue drastiquement la faisabilité d’activités criminelles à l’encontre des câbles, en haute mer.

 

Quels acteurs (entreprises, gouvernements) dominent aujourd’hui le marché des câbles sous-marins ?

Jusqu’en 2010, les acteurs étaient essentiellement les opérateurs téléphoniques. Aujourd’hui, ce sont plutôt les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft – qui dominent le marché. Nous dénombrons pas moins de 500 câbles sous-marins à fibre optique. Soit trois fois la distance entre la terre et la lune. Le marché a doublé depuis 2010 et chaque année s’installent 100’000 nouveaux kilomètres de câbles, avec tous les 100 km un répétiteur pour garantir des signaux de qualité.

Là on parle des propriétaires et exploitants mais le leader de l’installation du câble sous-marin est Alcatel Submarine Networks qui a son siège à Saclay, en France, et qui détient environ 40% du marché.

 

Pourquoi ces câbles représentent-ils un enjeu stratégique dans les relations internationales ?

Dans un mondé interconnecté, on ne peut plus faire sans. Au point, où on double voire on triple les lignes. Et même on diversifie avec l’Internet par satellite. Un marché qui est également en pleine expansion.

 

Comment les États ou les entreprises protègent-ils ces infrastructures sensibles contre le sabotage ou les cyberattaques ?

Par le biais de patrouilles marines et en particulier par le biais de la surveillance des stations d’atterrissage. C’est-à-dire les endroits où les câbles sortent de l’eau pour poursuivre sur la terre ferme. C’est le point le plus critique et le plus exposé.

 

Quels sont les risques environnementaux liés à la pose et à l’entretien des câbles sous-marins ?

Bien entendu les câbliers sont des gros bateaux et ils polluent. Mais il y a un impact encore peu connu, selon les scientifiques marins sont les conséquences à long terme des champs électromagnétiques (CEM). Certes les câbles sous-marins peuvent servir d’abri à une grande variété d’espèces marines vivant au fond des mers : anémones, éponges, coraux, étoiles de mer, oursins, vers, bivalves, crabes et autres invertébrés. Mais ils peuvent affecter certaines de ces créatures fragiles, dont beaucoup dépendent de leur propre sens interne du nord magnétique pour naviguer ou utilisent des champs électriques pour les aider à chasser.

 

Existe-t-il des alternatives viables aux câbles sous-marins pour assurer la connectivité mondiale ?

Oui, la connectivité par satellite. Elle est assurée par un réseau de satellites en orbite terrestre basse, max 500 km d’altitude. Proche de la terre pour avoir un temps de réponse court. Elle permet également de couvrir des zones du globe qui ne sont actuellement pas couvertes. On parle beaucoup de Starlink d’Elon Musk mais Amazon est aussi entré sur ce marché avec son projet Kuiper. Starlink estime le déploiement nécessaire de 12’000 à 30’000 satellites pour atteindre une couverture optimale. Chaque satellite pesant 800 kg et est voué à une durée d’exploitation de 5 ans. Le tout est mis en orbite par le lanceur Fusée Falcon 9.

Les Chinois avec leur programme GW devraient avoir mis 13’000 satellites à l’horizon de 2026. C’est-à-dire demain.

Pour l’heure, les principaux inconvénients de l’internet par satellite sont le temps de réponse, la qualité de transmission moindre par rapport au câble et le prix pour l’usager final.

 

Comment voyez-vous l’avenir des câbles sous-marins dans un monde de plus en plus connecté ?

Leur nombre augmente régulièrement : ils étaient environ 263 en 2014, puis 378 en 2019 et 406 en 2020. Le câble évite la perte de temps induite par la distance nécessaire pour effectuer une transmission par satellite. Soit 0,24 seconde dans le cas d’un aller-retour vers un satellite géostationnaire. En plus, le développement des pays membres des BRICS ou encore ce qu’on appelle communément le sud global augmente la demande en câbles sous-marins. Ces acteurs à l’influence exponentielle ne vont pas longtemps se reposer l’infrastructure des GAFAM ou encore la pseudo bienveillance occidentale. Ils voudront être indépendants en terme de connectivité.

 

Quels développements technologiques pourraient améliorer leur performance ou leur sécurité ?

Les câbles à fibre optique sous-marins modernes ont généralement une épaisseur comprise entre 0,8 et 1,2 pouce. Ils sont constitués de plusieurs couches de matériau protecteur, tel que le Kevlar, autour d’un seul noyau de fibre de verre. La couche la plus externe est généralement un revêtement en polyéthylène pour protéger le câble de l’environnement.

 

Selon vous, quelle est la plus grande idée fausse que le grand public a au sujet des câbles sous-marins et de leur rôle dans Internet ?

La solidité de l’infrastructure. De croire que tout bénéficie d’une fiabilité imparable. Je pense que le divin nous a plutôt épargné jusqu’à présent. Parce qu’en réalité tout est très fragile et les câbles sous-marins, en jargon militaire, peuvent être considérés comme des cibles molles.

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La Suisse et sa neutralité: le peuple pourra voter!

mardi, 17 décembre 2024 by Christophe

L’initiative populaire fédérale «Sauvegarder la neutralité suisse» a été déposée à la Chancellerie fédérale le 11 avril dernier par le comité d’organisation de la Neutralitätsinitiative. 

Avec quelques 129’806 signatures valables, le dépôt du texte qui vise l’adoption d’un nouvel article constitutionnel (l’art. 54a) a pour le moins le mérite d’inviter à un débat aussi nécessaire que pédagogique. En premier lieu, parce que les décisions de notre Conseil fédéral (CF) qui font polémiques ne cessent de se multiplier.

Entre autres, celle de reprendre à sa charge l’ensemble des sanctions prises par la Commission européenne à l’encontre de la Fédération de Russie; celle de poursuivre le commerce des armes avec Israël; celle d’un criant silence face aux agressions répétées contre le territoire souverain du Liban; celle d’organiser le sommet inutile de Bürgenstock ou encore celle de travailler avec PESCO, une structure de l’Union européenne (UE) qui permet aux services de sécurité de l’État ukrainien – le tristement célèbre SBU – de s’entraîner à la cyberguerre sur notre territoire.

Ensuite, sur le plan pédagogique parce que trop souvent le public comme nos médias confondent la neutralité perpétuelle et armée de la Suisse avec la politique de neutralité. Le projet de nouveau texte législatif – proposé il est vrai par un comité teinté aux couleurs de l’UDC – propose de fixer dans le marbre de la Constitution les contours mêmes de l’exercice de la politique de neutralité. Plus précisément et conformément à cette disposition, la Suisse ne pourra adhérer à aucune alliance militaire ou défensive et elle ne pourra coopérer avec une telle alliance uniquement en cas d’attaque militaire directe contre le pays, ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque.

La Suisse ne pourra en outre pas participer aux conflits militaires entre États tiers et ne pourra pas non plus prendre de mesures coercitives non militaires, c’est-à-dire de sanctions, contre un État belligérant. Enfin et comme le rappelle le portail du gouvernement suisse dans son communiqué du 26 juin 2024, la disposition prévoit que notre pays fera usage de sa neutralité pour mettre à disposition ses services en qualité de médiatrice. Les initiants sautent à pieds joints dans la soupe souvent épaisse de l’exercice de la politique de neutralité. On y voit également une volonté de contenir les aspirations de la ministre de la Défense et accessoirement présidente de la Confédération Viola Amherd, qui nous rapproche chaque fois plus de l’OTAN. 

Mais qui ou quoi peut motiver la responsable de l’Armée à piétiner l’esprit de la sacro-sainte neutralité helvétique? Pour la politique vaudoise Suzette Sandoz, interviewée sur le plateau d’Antithèse le 20 juin 2023, il apparaît difficile pour nos ministres de résister au narcissisme et au qu’en-dira-t-on des puissants, tels que la Commission européenne et la Maison Blanche. De son côté, l’ancien ambassadeur Georges Martin rappelle que notre pays a aussi un État profond qui rêve que la Suisse soit le 33ème membre de l’OTAN.

L’Organisation de l’Alliance Atlantique Nord, qui, faut-il le rappeler, n’est plus une alliance défensive depuis fort longtemps. Du moins, depuis qu’elle fomente des guerres sans aucune résolution de l’ONU lire à ce propos l’ouvrage de Daniele Ganser ou depuis qu’elle entraîne ouvertement les soldats ukrainiens à faire la guerre à la Fédération de Russie… déjà en 1995 ! (1)(2) Ou plus près de nous avec sa Déclaration du sommet de Madrid, à l’été 2022, dans laquelle elle désigne ouvertement la Chine comme menace existentielle: «Nous nous trouvons face à une compétition systémique de la part d’acteurs, parmi lesquels la République populaire de Chine, qui portent atteinte à nos intérêts, à notre sécurité et à nos valeurs, et qui cherchent à fragiliser l’ordre international fondé sur des règles.»

Qu’en est-il de la genèse de la neutralité helvétique?

Celle-ci est décidée lors du Congrès de Vienne, au printemps 1815, par les puissances européennes qui ont vaincu Bonaparte. Au mois de novembre de la même année, elle est inscrite dans le Traité de Paris. Elle stipule bien qu’il s’agit d’une neutralité permanente et armée. En 1848, elle est inscrite pour la première fois dans la Constitution et son cahier des charges est ratifié lors de la Convention de La Haye en 1907. En résumé, la Suisse ne peut prendre part à aucun conflit armé, ni y envoyer ses soldats à l’étranger.
Ce qui laisse une grande latitude aux autorités helvétiques quant aux modalités de la revendication de la neutralité.

Quid de la politique de neutralité ?

C’est l’affirmation de notre neutralité selon les circonstances et les protagonistes du moment. Soit une diplomatie à géométrie variable. Les nombreux exemples qui émanent des deux guerres mondiales sont éloquents: tantôt banquière du III Reich; tantôt sanctuaire des services secrets alliés; tantôt vague de licenciements des employés juifs de la compagnie Swissair; tantôt terre d’asile pour les persécutés du Vieux Continent. En passant par dicter au Comité International de la Croix Rouge (CICR) la ligne à adopter et par la transformation des manufactures horlogères genevoises en usines à munitions pour les nazis. Comme le rappelle Suzette Sandoz, la neutralité est la position la plus difficile à tenir. C’est une posture courageuse et honorable pour l’ex-ambassadeur Georges Martin. C’est surfer sur la crête. C’est une posture d’équilibriste avec, comme priorité absolue, les intérêts de la nation. Elle a préservé les Suisses de la guerre. Mais, elle a aussi rendu de nombreux services aux grands de ce monde.

La démarche de la Neutralitätsinitiative est louable. Amener le débat sur ce qui constitue la pierre angulaire de l’ADN et de la cohésion helvétiques qui a déjà plus de deux siècles, dans un monde qui change.

Cependant, ce n’est pas l’avis du Conseil fédéral qui, dans son message du 26 juin 2024, propose de rejeter l’initiative sur la neutralité sans même lui opposer un contre-projet. Une fois n’est pas coutume, c’est tenter de tuer le débat. Finalement et comme pour les mesures d’exception prises lors de la crise Covid-19, ce sera au peuple de décider par le biais des urnes.

(1) La documentation du Forsvarets Efterretningstjeneste (FE), service de renseignement militaire du Danemark, que le soussigné a visité, à l’été 2023 révèle que l’OTAN préparait les militaires ukrainiens à faire la guerre à la Fédération de Russie depuis 1995 déjà.

(2) https://reseauinternational.net/services-secrets-le-danemark-forme-les-forces-armees-ukrainiennes-depuis-1995/
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Entretien Sputnik – L’élection présidentielle américaine

jeudi, 14 novembre 2024 by Christophe

Ce mercredi 6 novembre 2024, la chaîne d’information russe Sputnik, nous a sollicité pour commenter, lors d’une entrevue en vidéo conférence entre Morges et Moscou, l’élection présidentielle américaine.

Au cours de l’entrevue, Donald Trump et la chaîne d’information américaine Fox News ont confirmé l’élection du 47ème président des Etats-Unis d’Amérique. Ce qui a orienté le ton des dernières questions. Cet entretien qui traite de sujets économiques, de société et de politique générale vous est résumé et vous offert dans ce document. Toutefois, les opinions exprimées n’engagent que votre serviteur et non Meylan Finance Sàrl.

En vous souhaitant une bonne lecture, nous demeurons à votre pleine disposition.

1. Kamala Harris accuse Trump de vouloir détruire la démocratie, Trump de son côté voit ceux qui s’opposent à lui comme des ennemis. On a rarement vu autant de violence sur la scène politique américaine, avec la tentative d’assassinat contre Trump. Est-ce que les Etats-Unis risquent de plonger dans une guerre civile ?

Vous parlez de la guerre civile. Les Etats-Unis l’ont déjà connue. Aujourd’hui, on en est à la fois encore éloignés et plus proches que jamais. La ville de Washington s’est barricadée. Le risque même s’il est infime aurait des conséquences désastreuses. C’est pour ça qu’il ne peut être ignoré par les autorités. Quant à la violence que vous évoquez elle est propre à notre époque brutale, consumériste et déshumanisante.



2. En 2016, les médias étaient complètement passés à côté de la vague en faveur de Trump, cette année les médias ont plutôt pris leurs précautions mais ont continué de prendre position massivement en faveur de Harris. Les médias font-ils les élections ou au contraire sont-ils devenus un repoussoir ?

Nos médias mainstream et ce n’est pas nouveau décident à notre place ce que l’on doit penser. Ils ne respectent plus la charte de déontologie du journaliste de Münich de 1971 qui prescrit comme premier devoir la recherche de la vérité quel qu’en soit le prix. Parce que le public a le droit de la connaître pour exercer la démocratie. Aujourd’hui, on en est loin et c’est un réel indicateur de la bonne santé ou pas de notre démocratie. Ils sont devenus communicants voire propagandistes quand ils sont payés d’une manière ou d’une autre quand ils diffusent leurs fausses nouvelles.



3. Déjà en 2016, Trump avait été affublé de l’étiquette de populiste, il avait rallié à sa candidature une partie des classes populaires délaissées par la désindustrialisation. Est-ce que Trump est vraiment le candidat du peuple ? Est-ce que les classes populaires ont vraiment vu leurs conditions s’améliorer lors de sa présidence ?

Hors effets de la pandémie Covid-19, le chômage, avec Trump, a atteint son plus bas niveau historique à 3.5%. Il a baissé les impôts, comme promis. Il a également augmenté les investissements dans certains secteurs. Il a stimulé les profits des entreprises. Il est parvenu à faire revenir aux Etats-Unis des entreprises et des lignes de production. Tout le monde en a profité.



4. Lorsque Donald Trump a été président de 2016 à 2020, beaucoup de contrepoids institutionnels ont limité son action, par exemple avec la majorité des juges de la Cour suprême du côté des démocrates. La situation a radicalement changé à la Cour suprême, Trump élu président en 2024 aura-t-il une marge de manœuvre beaucoup plus grande qu’auparavant ?

La Cour suprême va pencher de son côté. Trois des neufs juges encore en fonction ont été nommés par Donald Trump lui-même. Je me méfie plus de l’Etat profond et crains que la ou les tentatives d’assassinat qui ont visé le candidat républicain n’augurent rien de bon pour la longévité de Monsieur Trump.



5. C’est la première fois qu’un président sortant ne se représente pas, que doit-on retenir de la présidence de Joe Biden ?

Avec les déboires judiciaires de son fils aîné Hunter qui fut longtemps protégé par l’Etat profond et son propre état de santé, l’exploit est qu’il ait terminé son mandat. Ce qui est difficilement compréhensible est que la Vice-présidente Kamala Harris n’ait pas été d’avantage préparée pour prendre la relève.



6. L’élection présidentielle américaine est toujours très compliquée avec des grands électeurs choisis dans chaque Etat, avec les fameux « swing States »*, de telle sorte que la majorité absolue des électeurs est indispensable pour se faire élire. Est-ce que les Etats-Unis sont véritablement un exemple de démocratie lorsque l’on voit que la présidence américaine peut basculer pour quelques voix dans une poignée d’Etats pivots qui sont souvent les mêmes à chaque élection ?

La notion de démocratie est très occidentale. Encore faut-il savoir de quelle démocratie parle-t-on ? En France, Emmanuel Macron a été élu « grâce » à l’épouvantail du « Rassemblement national » avec seulement 38.52% des électeurs inscrits. Et son gouvernement décide à coups de décrets de l’article 49.3 et s’assied sur les votes de l’Assemblée nationale. Est-ce encore une démocratie ? Singapour qui est une dictature dite éclairée connaît une prospérité et une sécurité pour ses citoyens d’un tout autre standing… n’est-ce pas mieux ? L’interprétation de la démocratie jouit d’un très large spectre. Oui les Etats-Unis demeurent un modèle en matière de démocratie.



*L’élection présidentielle américaine est un scrutin indirect : aux urnes, les électeurs désignent les 538 grands électeurs qui eux, voteront ensuite pour élire le prochain dirigeant.

Une victoire se traduit donc par les voix de 270 grands électeurs. Pour rappel, chaque Etat dispose d’un nombre de grands électeurs différents, correspondant au nombre de représentants au Congrès : le Wyoming, par exemple, cumule trois votes malgré ses plus de 560.000 habitants.

Dans 48 des 50 Etats s’applique la règle du « winner takes all », permettant à la liste arrivée en tête de chaque Etat de rafler toutes les voix des grands électeurs. Les seuls Etats dérogeant à cette règle, où les grands électeurs sont répartis proportionnellement, le Maine et le Nebraska, accumulent neuf votes.

Pour les « swing States », le Nevada représente 6 votes, le Wisconsin 10 votes, l’Arizona 11 votes, le Michigan 15 votes, la Géorgie et la Caroline du Nord 16 votes chacun et enfin, la Pennsylvanie regroupe 19 votes. Au total, ils permettent donc de récolter 93 votes.  



7. A chaque élection, on parle aussi du problème des votes par correspondance. Cette année, Elon Musk a aussi pointé du doigt le fait que plusieurs Etats autorisent à voter sans la moindre pièce d’identité. Est-ce que l’élection américaine est transparente et honnête ?

Le vote par correspondance n’est pas le problème mais plutôt la solution. Ce fut le cas, du moins, pour la Suisse qui l’a introduit à la fin des années 1970 et avec succès pour tenter de booster la faible participation d’alors. Le vote par correspondance est ancré dans la loi suisse depuis 1994 et aujourd’hui on estime que près de 90% des suffrages s’expriment ainsi et sans présentation de pièce d’identité. C’est rarement le système le problème mais plutôt ceux qui l’utilisent. Il est question de confiance, de discipline et d’éducation.



8. Traditionnellement, les Américains accordent plus d’attention aux problèmes économiques et intérieurs, et moins aux questions de politique étrangère. Quelles difficultés économiques polarisent aujourd’hui les Américains ?

C’est difficile de trouver à redire sur l’économie la plus dynamique du monde. En plus du défi de contenir l’inflation, c’est veiller à un atterrissage en douceur de Wall Street qui bat tous les records en enrichissants toujours les mêmes alors que les autres places boursières du monde sont restées bien en retrait. Et comme le dit l’adage « Quand Wall Street éternue les autres s’enrhument. » Plus localement, je pense aux déboires à répétitions de la firme Boeing qui est un vaisseau amiral de l’économique américaine et des milliers d’emplois menacés. C’est une priorité. Soutenir ce fleuron qui ne peut sombrer, pour des raisons stratégiques et de savoir-faire. Mais à l’échelle du pays c’est anecdotique.



9. Le trumpisme est synonyme de guerre économique, surtout contre la Chine. Avec les problèmes de dette publique, Donald Trump voudrait imposer 10% de droits de douanes sur toutes les importations, et bien plus contre la Chine. Au-delà de la guerre économique, assiste-t-on à un retour en force du protectionnisme ? Et même plus largement est-ce qu’on se dirige vers une démondialisation ?

Un peu de protectionnisme n’est pas un mal. Tout est question de dosage. Par exemple, ni la Suisse ni l’Union européenne n’ont su protéger l’industrie photovoltaïque qui est pourtant stratégique – on parle d’une énergie renouvelable majeure – et aujourd’hui nous subissons une cascade de faillites et on perd la maîtrise et le savoir-faire de cette industrie d’avenir. Quant à la mondialisation, elle s’essouffle mais nous n’allons pas reculer sur ce plan. Les consommateurs sont trop habitués à ce paradigme.



10. Puisque nous parlons de la guerre économique de Washington contre Pékin, qui va gagner cette guerre ? La plupart des pays du monde ont la Chine comme premier partenaire commercial et la Chine s’oriente de plus en plus vers son marché intérieur.

La Chine a progressivement pris la tête, devenant aujourd’hui le leader mondial dans de nombreuses technologies dites essentielles. Un rapport récent de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) met en lumière ce changement important, montrant que la Chine est désormais en tête dans environ 90% des technologies clés, dépassant de manière significative les Etats-Unis. Ce renversement des positions entre les deux géants mondiaux a des implications importantes pour l’avenir de l’innovation, de la sécurité et de l’économie en général. L’ASPI met en garde contre le risque de monopole chinois dans 10 nouvelles technologies, en particulier celles à applications militaires, telles que les moteurs d’avions avancés, les drones, les robots collaboratifs et les systèmes de positionnement et de navigation par satellite.



11. Le sujet principal de toutes les campagnes présidentielles de Trump a toujours été l’immigration. En 2016, il voulait construire un mur, cette année il promet la plus grande expulsion de clandestins de l’histoire des Etats-Unis. Les Américains ont-ils raison de s’inquiéter de l’immigration et la politique de Trump a-t-elle vraiment fait ses preuves ?

Les années 2021, 2022 et 2023 ont battu tous les records d’entrées illégales soit un total de 7,9 millions. Le record mensuel historique est celui de décembre dernier avec 302’000 entrées illégales. Les conséquences sont le dumping salarial et l’insécurité. A contrario, l’immigration légale contribue positivement au niveau de vie moyen et à la croissance économique.



12. Kamala Harris a elle-même promis de durcir la politique migratoire, est-ce que le sujet est en train de faire consensus ?

Le sujet fait consensus.



13. On l’a dit, la politique étrangère intéresse moins les électeurs américains, pourtant la guerre entre Israël et les Palestiniens et le Liban a divisé le parti démocrate sur l’approche de la Maison-Blanche sur la guerre, que l’administration américaine n’exerce pas suffisamment de pression sur les dirigeants israéliens. Pourquoi la question israélo-palestinienne s’est-elle finalement invitée dans le débat ?

Il est difficile de ne pas se questionner face aux carnages que provoque Tsahal – l’armée israélienne – sur les populations civiles de Gaza et du Sud Liban. Les chiens ont été lâchés et Tsahal tue pour tuer en balayant d’un revers de main toute notion de proportionnalité et de priorité à l’innocent. Ce qui heurte globalement l’inteligencia nord-américaine. Dans le même temps, l’Etat profond soutient sans réserve le bellicisme actuel des autorités israéliennes puisque qu’elles diminuent drastiquement le pouvoir de nuisance du Hezbollah qui est un ennemi commun et surtout frappent en Iran les fabriques de missiles, de munitions et de drones. Autant de matériel qui ne pourra pas être livré à la Fédération de Russie contre l’Ukraine et l’OTAN.



14. Un autre point de crispation concerne le soutien à l’Ukraine contre la Russie, les Etats-Unis ont accordé des montants faramineux à Kiev. La présidentielle américaine a été scrutée de très près car certains observateurs estiment que l’élection de Trump signe la fin de l’aide à l’Ukraine. Est-ce que cette échéance électorale peut vraiment être un tournant pour le conflit ukrainien ?

On se rappelle le premier mandat de Donald Trump au cours duquel il a souhaité faire revenir les militaires américains et se désengager un maximum des conflits. On pense en particulier à l’Afghanistan. De surcroît, il a déclaré récemment que les Etats-Unis n’avaient semé que le chaos et la mort avec leurs engagements militaires à l’extérieur. Ce qui comprend également les guerres illégales de l’OTAN. Lire sur ce sujet « Les guerres illégales de l’OTAN » de Daniele Ganser. Donc oui si Donald Trump est élu la fin du conflit en Ukraine sera proche. En l’état actuel du champ de bataille, cela se fera à l’avantage de la Fédération de Russie.



15. Est-ce que l’élection présidentielle change vraiment quelque chose pour la politique américaine ? On parle souvent de l’influence de l’Etat profond, du fédéralisme qui laisse une grande marge de manœuvre aux Etats, etc.

Il existe le risque de la recherche d’une concentration du pouvoir dans les mains de Donald Trump et de son entourage. On ne peut le nier. C’est deux Amériques qui s’affrontent. L’Etat profond et les autres… c’est-à-dire NOUS !

Qu’est-ce que l’Etat profond ? C’est la haute finance couplée aux intérêts pétroliers et le tout stimulant le complexe militaro industriel et la création de conflits de part le monde : le printemps arabe ; les révolutions colorées ; la création de monstres comme Daesh; la désintégration des Etats nations et le capitalisme sauvage sous couvert de wokisme et de féminisme dogmatique. C’est le choc de deux mondes dont on connaît déjà les dégâts provoqués par le premier et dont on ne connaît pas encore les conséquences de l’autre. Même si on les craint déjà. Je recommande la lecture de l’ouvrage de Jean-Maxime Corneille « L’Etat profond et la guerre civile fabriquée. »

 

16. Donald Trump vient de revendiquer la victoire à la présidentielle américaine. Il va vers une victoire encore plus large que celle qu’il avait obtenue en 2016. Le camp démocrate pensait qu’il faudrait plusieurs jours pour comprendre qui est le vainqueur. D’après vous, est-ce que nous venons d’assister à une vague rouge républicaine ? Est-ce un résultat prévisible, d’après vous ?

C’est l’expression d’une Amérique qui a de vrais problèmes au quotidien et qui est révoltée d’être prise de haut par une pseudo élite qui a les médias mainstream et la censure des Facebook, Youtube et autres à sa botte. Quant à la prévision du résultat de l’élection, la campagne creuse et en paillettes de Kamala Harris n’augurait rien de bon pour le camp démocrate. Par ailleurs, la plateforme de paris financiers en ligne Polymarket annonçait une victoire très net pour Trump déjà à partir du 18 septembre dernier.



17. La semaine dernière le Sud global s’est réuni à travers les BRICS à Kazan, l’Afrique sera au cœur de la présidence brésilienne des BRICS en 2025. Que doivent attendre l’Afrique et le Sud global de l’élection de Donald Trump ?

Qu’il n’y aura plus d’ingérence ni de fomentation de ces fameuses révolutions colorées. Parler d’égal à égal, dans le respect mutuel et sans se donner en spectacle comme l’a fait, par exemple, trop souvent Emmanuel Macron.



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Site « Entrepreneur romand » : Interview Meylan Finance

mercredi, 16 octobre 2024 by Christophe

Dans cette interview, François Meylan offre un éclairage inédit sur l’investissement dans l’industrie de la défense, un secteur en pleine expansion mais rempli de défis éthiques. Il évoque les choix stratégiques, allant de l’exclusion totale à l’intégration ciblée, tout en soulignant l’importance croissante de l’intelligence artificielle et des technologies avancées. Malgré les controverses éthiques et les risques de réputation, François met en avant le potentiel de croissance, notamment dans des périodes de tensions géopolitiques accrues, comme en Ukraine et au Moyen-Orient. Un domaine prometteur mais complexe à naviguer.

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Investir dans l’industrie de la défense : opportunité financière ou dilemme moral ?

lundi, 14 octobre 2024 by Christophe

Entretien de François Meylan pour Romandie Info 

Quels sont les critères à considérer lors de l’investissement dans l’industrie de la défense ?

Il y en a plusieurs. Souhaitons-nous totalement exclure tout investissement dans cette industrie comme le fait, entre autres, l’institution de prévoyance zurichoise Nest ? Dans ce cas, vous écartez les deux avionneurs Boeing et Airbus dont plus de 50% de leurs activités se situent dans l’armement. Ou alors vous ne recherchez pas spécifiquement à investir dans le secteur qui nous occupe et vous n’appliquez aucun critère d’exclusion. C’est l’indifférence. Ou encore vous voulez vous constituer un portefeuille d’investissement avec un fort biais dédié à cette industrie. Finalement, vous pouvez aussi adopter la posture de notre Conseil fédéral qui encourage cette industrie mais avec des restrictions telles ne pas exporter du matériel de guerre vers un pays présentement en conflit.

 

Comment l’industrie de la défense se compare-t-elle en termes de performance financière par rapport à d’autres secteurs ?

En bourse, il y a deux facteurs à considérer, en plus des agrégats habituels que sont l’évolution conjoncturelle et l’évolution des taux d’intérêts. La qualité de la société et l’attrait de son secteur. Plus ce dernier a le vent en poupe plus il va capter des capitaux. Un exemplaire dans la cyber sécurité est le suisse Kudelski qui est une réelle déception par sa profitabilité très en-dessous de son secteur qui pourtant draine beaucoup de capitaux. Alors le secteur de l’industrie de la défense a au moins cet attrait : il va attirer beaucoup de liquidités. Ensuite, les succès seront divers. Les États-Unis absorbent à eux-seuls 38% de toutes les dépenses mondiales en matière de défense. Loin derrière on trouve la Chine avec 14%. Imaginez que la Chine souhaite combler son retard … Certains experts parlent de 15 ans. Personnellement, je pense que cela sera avant. Cet armement de la Chine panique tous les voisins du sud asiatique qui eux arment à leur tour. Quant à l’Union européenne dont les membres dépensent en moyenne pas même 1.8% du PIB pour se défendre contre près de 4% pour les États-Unis le rattrapage est phénoménal. Sans parler des nouveautés impératives telles que la nécessité d’élaborer des systèmes de protection anti-missiles et même anti-frappe nucléaire. Il y a deux principales raisons qui encouragent un État à s’armer: 1) se sentir menacé par un voisin; 2) vouloir gagner son indépendance militaire. À cela, il faut malheureusement ajouter les conflits qui sont provoqués et instrumentalisés par quelques multinationales elles-mêmes animées par des intérêts particuliers (1). Rappelons-nous le cas de la guerre illégale d’Irak en 2003 qui servait avant toute chose les intérêts économiques de l’entourage du clan Busch. On conclusion : ce secteur est prometteur sur le plan boursier.

 

Quelles stratégies recommandez-vous pour intégrer l’industrie de la défense dans un portefeuille d’investissement ?

L’arrivée en force de l’Intelligence artificielle (IA) bouleverse la donne en la matière. En effet, des sociétés telles que les américaines Palantir, C3.IA, Inc. ou la plate-forme norvégienne Opera vont devenir incontournables en matière d’IA et une partie importante de leurs clients sont issus de l’industrie de la Défense. Ensuite, vous avez les fabricants de drones civils qui sont très rapidement convertis à usage militaire. Et comment ne pas encourager Airbus avec son A320neo qui est 15 à 20 % plus efficace au niveau de la consommation du carburant que la première famille d’A320 ? De plus, il affiche des réductions de ses émissions de CO2 du même ordre et d’environ 50 % pour celles d’oxydes d’azote. Pourtant, Airbus c’est aussi des hélicoptères à usage militaire, des missiles balistiques intercontinentaux et un système de positionnement par satellites du nom de Galileo.
Étant moi-même un ancien officier supérieur de renseignement dirigeant au sein des Forces aériennes suisses je me rappelle que l’un de nos systèmes de conduite informatique était délivré par Siemens. La firme allemande nous permettait d’assurer le fonctionnement d’une base aérienne avec plus de 1700 militaires et assurant quotidiennement des missions de police du ciel et de transport aérien. Le grand public connaît Siemens pour l’électroménager et les Natels mais pas pour son pan militaire. Et va-t-on bannir l’entreprise américaine Motorola Solutions parce qu’elle est leader dans la radiomessagerie ou téléavertissement (les fameux pagers) parce le Hezbollah les utilisent alors que des millions de sapeurs-pompiers et de médecins dans le monde utilisent ces moyens d’alerte ?
Humaniste convaincu, je n’implémenterai pas spécifiquement de titres de l’industrie de la Défense – sauf demande expresse du client – mais je ne bouderai pas les entreprises innovantes même si elles ont une activité significative en lien avec l’industrie sous revue.

 

Comment évaluez-vous l’impact des controverses éthiques sur la valeur des investissements dans l’industrie de la défense ?

C’est la pierre d’achoppement. En terme de durabilité (écologie) cette industrie n’est pas connue pour son exemplarité. L’autre problème est la corruption et les pots de vin qui l’entourent. Bien que selon les Nations unies (ONU) l’industrie pharmaceutique est la plus corruptrice, celle de la Défense doit probablement lui emboîter le pas.
Par contre, sur le plan éthique on constate des changements de perception : avec le droit légitime et universellement reconnu par l’ONU de se défendre et avec le concept de la dissuasion. On effet, on conçoit que plus un pays est bien armé plus il génère un effet de dissuasion et ainsi évite un conflit armé qui sera par essence meurtrier. Cette notion est encore à étudier davantage pour pouvoir l’extrapoler. Rappelons tout-de-même l’adage en latin « Si vis pacem, para bellum » soit « Si tu veux la paix, prépare la guerre » qu’on attribue traditionnellement à l’écrivain militaire romain Végèce, IV – V ème siècle de l’ère chrétienne.

 

Quelle est votre approche pour équilibrer les considérations éthiques et les objectifs de rendement dans l’investissement en défense ?

L’usage civil de l’innovation quelqu’elle soit doit être prioritaire. Ensuite, on ne peut éviter qu’une bonne idée; un bon produit ou un service performant soient récupérés à des fins militaires. Le dialogue et l’accompagnement dans le processus de prise de décision à l’investissement sont essentiels.

 

Comment l’évolution géopolitique influence-t-elle les perspectives d’investissement dans l’industrie de la défense ?

Les exportations de matériel de guerre suisse ont atteint un montant record l’an dernier selon le Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Près d’un milliards de francs de matériel de guerre. Ce n’est pas anodin pour un « petit » pays comme le nôtre. Au total, la Suisse a exporté vers 60 pays et le Qatar fut notre principal client absorbant à lui-seul près de 20 % de nos exportations. Ensuite, on trouve, dans l’ordre, le Danemark, l’Allemagne, l’Arabie saoudite et les États-Unis. Le pays des banques, des montres et du chocolat exporte de tout : véhicules bondés (un quart des ventes) mais aussi des munitions et composants pour munitions; des armes de tous calibres; du matériel de conduite de tir; des armes de petit calibre et finalement des composants pour avions de combat. « Des sociétés suisses telles que Lem peut en profiter. Elle produit des systèmes qui mesurent le courant électrique avec une grande précision. Huber & Suhner est partiellement active dans la défense à travers des produits dont l’emploi est destiné à l’aviation non seulement commerciale mais aussi militaire.
L’idée même pour une entreprise de faire partie d’un système de défense a beaucoup changé. Le changement de perception est systémique. Pour éviter une guerre, un effort de dissuasion est indispensable. Ce qui était inacceptable avant la guerre en Ukraine ne l’est plus aujourd’hui. » (2)
En Europe, le secteur s’est réveillé, à l’image de Rheinmetall. Les usines de l’allemand tournent à plein régime depuis le déclenchement de la guerre conventionnelle entre l’Ukraine et la Fédération de Russie.

 

De quelle manière les réglementations affectent-elles les investissements dans le secteur de l’armement ?

En vertu du principe de l’égalité de traitement inscrit dans le droit de la neutralité, Berne ne peut autoriser la transmission de matériel de guerre à un État en guerre.
De surcroît, la Suisse est signataire du Traité des Nations unies sur le Commerce des Armes (TCA) qui est un traité multilatéral qui réglemente le commerce international des armes : le commerce d’armes avec un pays en guerre est interdit si ces armes pourraient être utilisées dans le cadre d’une violation grave du droit humanitaire international ou d’actes graves de violence contre les femmes et les enfants. Ce qui ne nous empêche pas d’entretenir une étroite collaboration avec le fabricant israélien Elbit à qui nous avons commandé six drones de combat de dernière génération.

 

Quels sont les risques spécifiques liés à l’investissement dans l’industrie de la défense ?

C’est principalement le risque de réputation pour l’entreprise et la défiance des marchés financiers à laquelle elle s’expose, le cas échéant. En cas d’un scandale spécifiquement en lien avec un pot de vin ou une affaire de corruption.

 

Comment l’opinion publique sur les questions éthiques affecte-t-elle les décisions d’investissement dans ce secteur ?

Jusqu’à maintenant, l’exclusion de toute entreprise active dans l’industrie de la Défense relevait plus de l’utopie et du marketing. La forte détérioration des conditions d’existence tant à l’Est de l’Oural qu’au Proche-Orient et au Moyen-Orient change la sensibilité de l’opinion publique. Nous changeons de paradigme. Nous passons du fait d’exclure à celui d’expliquer. C’est plutôt réjouissant. Tout dépassement de dogme quelqu’il soit est une fenêtre qui s’ouvre sur la connaissance.

 

Quelles sont les tendances futures prévues pour l’industrie de la défense et leur impact potentiel sur les investisseurs ?

Récemment j’ai été en Israël et le coût de la guerre contre le Hamas leur avait déjà coûté plus de 60 milliards de dollars. Et le front sur le Sud Liban n’était pas encore ouvert. Ce sont des conflits extrêmement coûteux parce qu’ils sont de très hautes intensités technologiques. Chaque fois que l’État hébreux active son bouclier antimissile baptisé « Dôme de fer » ce sont des milliards de dollars qui sont brûlés. Et du côté de l’Ukraine et de la Russie c’est la haute intensité de la guerre conventionnelle qui est revenue sur le vieux continent. Avec une consommation d’obus stratosphériques au point d’aller se ravitailler auprès de la Corée du Nord d’une part et vider les réserves des membres de l’OTAN d’autre part. Avec l’apparition du drone kamikaze sur le champ de bataille… Tant le renouvellement des stocks que leur modernisation au pas de charge offrent un potentiel de croissance et de profits pour les investisseurs dans cette industrie intact ! Quand on sait le prix que l’on met dans une bombe et le nombre de nos congénères qui souffrent de sous-alimentation c’est plus que révoltant ! Redécouvrons la sublime chanson de Michel Sardou « Vladimir Ilitch », 1983. Tout était dit ! Je suis allé plusieurs fois visiter les camps nazis d’Auschwitz et de Birkenau en Pologne. Ils furent libérés en janvier 1945 par l’Armée rouge (les soviétiques). Combien de progrès accomplis dans toutes les sphères de l’activité humaine depuis cette période ? Pourtant, l’homme n’a pas changé. Sous le verni, on retrouve la bête.

Notes
(1) « Comment vendre la guerre ? Le complexe militaro-intellectuel »
Pierre Conesa, ancien haut-fonctionnaire au ministère de la Défense, et auteur de nombreux ouvrages dont « Vendre la guerre » ou encore « La fabrication de l’ennemi. »;
(2) Marc Possa, gérant, est associé de la société de conseil financier W Vermögensverwaltung, interviewé le 7 juin dernier par le journaliste Emmanuel Garessus pour Allnews.
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Et la cérémonie d’ouverture ?

jeudi, 15 août 2024 by Christophe

La cérémonie d’ouverture qui devait célébrer l’excellence et le dépassement de soi a coûté la bagatelle de 202 millions d’euros et comptait sur une audience mondiale d’un milliard de téléspectateurs. Dommage qu’à ce prix elle fut prise en otage par l’agenda wokiste…

 

Quant aux principales recettes elles proviennent pour moitié des droits télévisés ; 25% du sponsoring et 25% de la vente des produits dérivés. Sur ce volet, une partie du bénéfice revient au CIO. En cas de pertes, celles-ci sont entièrement attribuées à la ville organisatrice. Finissons avec le coût des médailles : la médaille or (plaquée or) revient à 800 euros ; la médaille en argent (argent et cuivre) revient à 350 euros et la médaille de bronze (entièrement en cuivre) revient à 15 euros.

Un budget de 100 millions d’euros est dédié pour récompenser les athlètes. Ce qui est somme toute peu pour les protagonistes valeureux de la fête sur un coût total qui dépassera aisément 12 milliards d’euros ! Ce qu’il faut encore savoir est que le CIO comprend plus de 200 membres (Palestine comprise). Cette ONG est ainsi plus représentative que l’ONU et ses 195 membres.

Positionnement août 2024

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