Il faut tout d’abord préciser que, si l’on peut faire remonter l’origine des problèmes actuels à la crise financière de 2008, ou du moins aux décisions prises par les autorités de régulation pour y remédier, ce que les Etats-Unis traversent n’est pas comparable à une crise de solvabilité globale.

Les difficultés rencontrées ne sont dues ni à des prêts douteux, ni à des investissements hasardeux. Les déposants vont récupérer leurs avoirs, et ceci sans que le contribuable ait besoin de mettre la main à la poche, à peu de choses près !
Il s’agit plutôt d’une crise de liquidité à l’ancienne : trop de déposants ont eu besoin de liquidité, dans un intervalle de temps trop court et la banque s’est retrouvée dans l’impossibilité de convertir ses actifs aussi rapidement qu’il aurait fallu.
Une banque étant une entreprise comme une autre on peut vérifier sa comptabilité, et voici telle qu’elle apparaît au 31 décembre 2022, avec quelques ajustements (montants en milliards de dollars) :

En bleu clair, à droite : les dépôts des clients (des particuliers, mais souvent également des entreprises de la Silicon Valley). Ces dépôts sont couverts par l’ensemble de la partie gauche : les actifs de la banque.
Toutefois, et il est crucial de comprendre ce point, seule la partie supérieure en bleu clair est disponible rapidement lorsque les déposants souhaitent retirer leurs avoirs. On constate sur ce schéma que cette « réserve » ne couvre de loin pas la totalité des dépôts. Ceci n’a rien d’inhabituel : c’est le cas de toutes les banques, qui utilisent toutes une partie des montants déposés afin d’effectuer des placements moins liquides, mais plus rémunérateurs.
Cela ne pose aucun problème en règle générale, sauf lorsque trop de déposants récupèrent leur argent dans un laps de temps trop court … Et c’est précisément ce qui s’est produit le jeudi 9 mars et surtout le vendredi 10 mars dernier.
Bien que la valeur des actifs couvrait largement la valeur des dépôts, la banque n’a plus été en mesure de servir ses clients et les autorités l’ont donc mise en faillite.
La situation évolue encore heure par heure au moment de la rédaction de cet article, mais l’on sait déjà qu’afin d’éviter que les clients de la banque ne soient pénalisés, les autorités ont mis en place un système de paiement alternatif et transitoire.
Plus de peur que de mal, donc ?
On peut s’interroger à ce sujet, si l’on observe la cause des retraits massifs qui ont conduit à la faillite une banque de taille comparable à celle de la BCV …
On notera tout d’abord que le mouvement de retrait ne date pas d’hier : au fur et à mesure que les taux d’intérêt des obligations du trésor à court terme (« treasury bills ») montaient, l’incitation des déposants à retirer leurs avoirs afin de les placer augmentait depuis plusieurs mois : entre un dépôt rémunérant un demi- pourcent et un placement garanti offrant 5% par an, le choix est vite fait …
Le mouvement s’est simplement amplifié brusquement, si bien que la banque n’a plus réussi à suivre. Il est probable que les réseaux sociaux aient joué un rôle à ce niveau-là : des personnalités telles que Peter Thiel (notamment fondateur de PayPal et Palantir), conseillant aux entreprises de retirer leur argent ou la sénatrice Elisabeth Warren instillant le doute sur Twitter au sujet des difficultés d’une banque similaire ont sans doute jeté de l’huile sur le feu.
Avec un tel précédent, on ne peut donc malheureusement pas exclure que le phénomène se reproduise aux Etats-Unis pour d’autres banques régionales au profil semblable. Pour l’heure, la Signature Bank de New-York a également été mise en faillite, avec les mêmes modalités de
garantie des dépôts que pour la Silicon Valley Bank.
Par ailleurs, il est probable que la Fed se sente désormais limitée dans ses moyens d’action de lutte contre l’inflation. Le dollar pourrait en souffrir, en plus de désordres politiques internes potentiels.
Christophe Alexandre, CFA – Meylan Finance Sàrl