Il y a près d’une quinzaine d’années, alors que je travaillais dans une grande banque de la place, un client, patron de pompes funèbres, avait répondu à mon collègue spécialiste des crédits qui semblait faire la fine bouche: «Cher Monsieur qui étudiez mon bilan, je peux vous assurer que demain j’aurais encore des clients. On ne peut pas en dire autant en ce qui vous concerne!»

Il avait raison. Pourtant, qui va investir dans le marché au combien rentable des services funéraires, à part les initiés? La mort fait partie intégrante de la vie. Et elle représente la dimension la plus démocratique de notre société. Nous sommes tous égaux face à elle et elle constitue bien la seule certitude de notre existence.

A présent, dans une société occidentale et consumériste qui la cache il ne vient à l’idée de personne – ou presque – de dire à son banquier: «Monsieur le Banquier, j’aimerai investir sur le funéraire.» Pourtant, c’est un marché comme un autre. Autrefois pris en charge en France par des acteurs publics et notamment la Société des Pompes funèbres générales au 19ème siècle, le secteur est libéralisé depuis 1993. C’est le cas dans la majorité des pays développés. Si on y rencontre une multitude de petits et moyens acteurs privés avec un ancrage territorial fort, le marché tend à se concentrer autour d’acteurs nationaux majeurs tels que Funécap et OGF.

Si en Suisse nous ne connaissons pas d’acteur majeur qui soit coté à la bourse, en Angleterre (Dignity), en Espagne (Funespana), en Australie (InvoCare) ou encore en Chine (Fu Shou Yuan International) des sociétés de pompes funèbres sont listées.

Une fois de plus, c’est aux États-Unis que le marché est le plus rentable. Si on ose parler ainsi. Le cours boursier de l’entreprise Carriage Services s’est apprécié de 100%, au cours de la dernière décennie. Les accidents boursiers de 2013, de 2015, de 2018, ou encore le krach pandémique n’ont pas altéré l’action. La palme revient, à n’en pas douter, à Service Corporation International (SCI — ISIN: US8175651046), qui a vu son cours s’apprécier, sur la même période, de plus de 400%, le cours de l’action passant de 10 dollars à 53 dollars! De quoi rivaliser avec les GAFAM (Google – Apple – Facebook – Amazon – Microsoft), avec l’intelligence artificielle ou tout autre domaine à forte croissance. Par ailleurs, l’histoire boursière est parsemée d’une grande quantité d’anges déchus tant dans les domaines liés à la haute technologie qu’aux modes. En effet, rien ne nous assure que Facebook sera encore leader demain, ni qu’une nouvelle technologie ne viendra pas détrôner Apple. Pour ça, il suffit de constater le nombre d’entreprises ‘high tech’ qui ont disparu depuis 1990. A contrario, l’intemporalité de la clientèle des décédés tranche avec l’éphémère des modes de consommation. Cela fait dire à François Normandin, chargé de cours, formateur et professionnel de recherche à HEC Montréal que les services funéraires sont une industrie vigoureuse.

Comme pour tout secteur commercial, cette industrie traverse des phases de concentration et doit continuellement évoluer.

Côté concentration, un des acteurs majeurs des rachats effectués ces dernières décennies tant aux États-Unis qu’en Europe – Suisse incluse – est Service Corporation International (SCI), qui a près de 20% du marché nord- américain. SCI a été fondée en 1962. Depuis son siège, à Houston au Texas, le géant emploie plus de 20’000 collaborateurs, pour un chiffre d’affaires de plus de 3,4 milliards de dollars et un résultat net de 456 millions de dollars.

Côté adaptation, les mœurs évoluent. Les familles endeuillées préfèrent de plus en plus la crémation comme méthode de disposition des défunts. Le service funéraire commun au sens catholique romain n’est plus la norme. Ce qui pourrait laisser penser à une érosion des revenus. Or, il n’en est rien. La cérémonie funéraire, à notre époque laïque et multiculturelle, s’est ouverte à la personnalisation. Et celle-ci a un prix. La journaliste Perianne Boring, dans son article «Death Of The Death Care Industry And Eternal Life Online» nous apprend qu’aux États-Unis une cérémonie qui pouvait coûter en moyenne 700 dollars en 1960 coûtera aujourd’hui entre 8000 et 10000 dollars, soit une augmentation de 1300%! Des urnes et cercueils biodégradables à la numérisation du souvenir du défunt, les exigences de la clientèle augmentent. Pour y faire face, les fusions et acquisitions sont de mise comme une grande souplesse. Le marché s’adapte. Il rencontre aussi ses défis et ses opportunités. De plus, il est caractérisé par une visibilité à court, à moyen et à long terme. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

François Meylan

Directeur et fondateur de Meylan Finance

Membre du GSCGI

«En chemin pour la normalisation et la restriction des libertés»

Chers Clients, Chers Partenaires et Chers Lecteurs,

La fin de l’épidémie est envisagée par tout le monde dixit l’économiste Véronique Riches- Flores. La reprise industrielle s’annonce forte. La situation économique s’améliore et les prévisions de croissance sont élevées. L’OCDE relève sa prévision de croissance mondiale à 5,7 %. Est-ce vraiment une surprise, après l’année catastrophique 2020 ? Hausse des taux d’intérêts et recherche d’un équilibre seront les maîtres mots cette année.

La Grande Récession provoquée par la crise financière de 2008 a paupérisé une partie de la classe moyenne. Une décennie plus tard, c’est la Covid-19 qui provoque son lot de précarisés.

Quand le leader du commerce en ligne Amazon crée un poste de travail, ce sont trois emplois qui disparaissent dans le commerce de détail. Le monde de sortie de crise qui semble nous attendre est celui du tout vacciné et du passeport sanitaire et numérique pour prendre un avion ou monter dans le train. Si la Chine est championne du traçage facial de sa population, ce qui nous attend en matière de traçabilité et de surveillance dans un monde précarisé invite à quelques questionnements.

On comprendra alors que la nouvelle normalité aura des contours variables et inédits. La question est comment réagira le peuple. Celui qu’on a confiné. Qu’on a interdit et finalement qu’on a vacciné dans l’urgence. Les rendez-vous électoraux de septembre en Allemagne et de mai 2022 en France seront révélateurs à plus d’un titre.

Au cours cette année de sortie de crise sanitaire, il s’agit de ne pas céder aux effets de mode tels que celui des crypto monnaies ; des SPACS ou autres jeux de l’avion, communément appelés pyramides de Ponzi. Il faut se concentrer sur la valeur réelle des placements ; sur le prix d’acquisition qui nous semble adéquat et sur une judicieuse diversification tant dans les thématiques d’investissements que dans le timing. Par ailleurs, nous n’oublierons pas que même si on ne parle déjà plus de COVID-19 sur les marchés financiers, ce n’est pas encore le cas dans la vie réelle. A l’heure où les Etats- Unis viennent d’autoriser un troisième vaccin anti-Covid, celui du laboratoire Johnson & Johnson baptisé « Janssen » qui est à dose unique et qui se conserve dans son réfrigérateur, personne n’est en mesure de nous assurer que les confinements sont définitivement derrière nous.

De plus, nous ne connaissons toujours pas le coût réel de cette crise pour l’économie mondiale. Les Etats-Unis ont détruit neuf millions d’emplois en 2020. En France, une contraction de l’économie de 10 % n’a provoqué qu’un pour cent de hausse du chômage. Autant dire que les prix des actifs boursiers administrés par les robinets des banques centrales et les perfusions étatiques empêchent, pour l’instant, de voir les choses telles qu’elles sont vraiment. La recherche d’équilibre s’accompagnera de prudence.

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